« La femme et l’inconnu »

Ch 1 – un été leger –

Elle est là, sur le lit, nue, couchée sur le côté, son avant bras relève sa tête, ses cheveux longs glissent sur son omoplate. Sa maison provençale domine la vieille ville. Elle regarde la mer au loin… Dans ce ciel sans nuages le soleil commence sa descente vers l’horizon. On entend encore le son des cigales accrochées aux troncs des oliviers, c’est la fin de l’après midi. Elle offre son dos jusqu’à la cambrure de ses reins. Un léger drap en guise de voile recouvre le galbe de ses fesses et ses jambes longues et fines. De longs cheveux châtains foncés cachent son épaule. Le paysage l’inspire, elle veut fumer. Elle se retourne et demande une cigarette à l’inconnu qui partage son lit.

Lui, baroudeur, mal rasé, assez grand, les cheveux courts, 35 ans, une cicatrice sous la lèvre que cache mal sa barbe de trois jours. Elle l’a rencontré à la Fabrique la veille, buvant seul une pression dans ce bar à la décoration vintage à la mode. Il battait la mesure sur un son rockab de ses doigts sans alliance sur le comptoir . Son regard bleu l’avait séduite.

Elle, une belle frange, la trentaine, des yeux noisettes , le visage fin et allongé, du mascara et un rouge à lèvre mate sur ses lèvres charnues avec un malin sourire.

Devant son torse sculpté, elle affiche son corps bronzé et une poitrine que l’instant qui vient de se passer a laissé au garde à vous. Il aime son nombril en olive entouré de légers abdominaux. Seule l’entrée de son sexe reste cachée entre ses cuisses à présent fermées, comme pour conserver la chaleur du volcan qu’il a réveillé en elle sous son pubis bien taillé. De sa main de pianiste à la manucure parfaite qui quelques minutes plus tôt embrasait le corps de l’amant, elle prend la marlboro qu’il lui tend et la dépose au centre de ses lèvres. Elle se penche en avant. Les yeux plissés, elle attend l’étincelle… celle qui fera jaillir la flamme et fera revivre le temps d’une bouffée, la jouissance partagée cinq minutes plus tôt .Pour finalement voir cet homme lentement disparaître comme le nuage de fumée au soleil couchant …

La cigarette pratiquement consumée elle aspire une dernière bouffée et l’écrase avec force dans le cendrier. Elle se lève, la répétition est terminée. Il improvise pour fermer le dernier bouton de jean… quel aventurier ironise-t-elle ! C’est certainement les bières d’hier soir. ..ou plutôt les autres .

Sur le pas de la porte, comme les derniers rayons du soleil, son départ est imminent. Il l’embrasse sur la joue et observe son regard détaché. Il a compris et se sent comme son briquet…jetable. Elle, patiemment, les jambes encore serrées, enveloppée dans le drap, attend son départ sans dire un mot. Le ciel rougit, le soleil et l’inconnu voyagent vers un nouvel horizon. Elle referme la porte et pousse un soupir…elle repense à cette rencontre …le voile de sa pensée tombe comme le drap à ses pieds…

***

Le type baroudeur que l’on croise dans les bars, beau parleur, elle le connaît par cœur, pas par son prénom Pierre, Léo, Daniel peu importe…tous les mêmes se dit elle. Ils se décrivent anti-capitalistes, derrière un discours humaniste et bien-pensant. Pour elles, ce sont surtout des oisifs sans le moindre idéal. Ils écoutent encore les berru’, leur vie est une « porcherie ». Ils dépensent le RSA au comptoir et noient leur derniers espoirs dans la bière. Tu parles d’une vie pense-t-elle.

Mais elle avait flashé sur cet inconnu aux yeux azur. Ses tablettes sous son tshirt moulant lui donnait faim. Elle rêvait de croquer cet homme. C’était plus fort qu’elle. Le sexe moite, ses talons hauts, les mains refermées sur son sac en bandoulière, le regard maquillé les lèvres rouges elle avançait d’un pas déterminé vers l’inconnu. Elle pratiquait le 2C2J. C’est son collègue le gros Jean Pierre, qui avait lancé la formule. ‘Choisir, Consommer, Jouir, Jeter’. Religieuse comme une mante, elle dévorait le conseil de cet homme un peu grossier il est vrai mais assez drôle. Elle éclusait les bars et les sites de rencontre, avide de la jouissance que le corps de ces amants lui donnaient. Ce soir le choix était fait. C’était lui. Elle le savait, il saurait la faire jouir. Le regard de cet inconnu lui avait chatouillé le bas-ventre …demain après-midi son sexe réchaufferait son corps.

***

Elle reprend ses esprits, ramasse le drap et le coince au dessus de sa poitrine. Elle file dans la kitchenette. La nuit s’installe, les cigales se sont tues. Au loin , le phare adresse un signal, seul message lumineux perçu dans le silence de la mer plate. Elle prend dans une boîte de la menthe et quelques feuilles de verveine du jardin et les glisse dans la bouilloire. Dans le placard, elle choisit un mug, le pose sur la table et file se doucher.

Le drap tombe, la tristesse s’empare de son corps nu. Elle se démaquille rapidement puis ouvre le mitigeur, et se glisse aussitôt sous la douche. Levant la tête, l’eau froide dévale son corps, traînant un doux frisson dans son sillon. Sa poitrine se raffermit à nouveau. Elle desserre les cuisses, la chaleur du dernier râle peut quitter son sexe. C’est la dure descente. Les larmes se fondent avec les gouttes d’eau sur ses joues rejointes par l’idée de dégoût que lui renvoient ses êtres charmants mais creux. Fuyant le cœur des hommes en consommant leur corps, elle évitait de rouvrir la blessure encore fraîche de sa dernière rupture du début de l’année. Ces beaux inconnus aux phallus gorgés de sang réchauffaient son corps mais ne froisseraient pas son cœur encore triste du vide de son absence.

Mais pour elle qui venait de vivre un hiver dans le chagrin et un printemps dans la solitude, elle voulait vivre cet été dans la légèreté. Sans attache, mais intensément au lieu de subir comme beaucoup la pesanteur d’une nouvelle relation. Elle le voyait bien, malgré son jeune âge. Beaucoup de ses collègues le cœur en fleur après de belles photos de mariages dépérissaient quelques années plus tard élevant deux enfants la semaine attendant le samedi soir pour la saillie hebdomadaire de leur vieil étalon bedonnant abruti tous les soirs à la bière et au sport à la télé. Elles priaient pour l’infarctus ou un adultère salutaire qui les libéreraient de leur pauvre vie… autour d’une pause cigarette, elles les écoutaient se plaindre.

Elle passe l’éponge savonneuse sur ces vies malheureuses et son corps salé de ses pleurs… Doucement, elle se détend, les larmes cessent. Lentement la mousse glisse sur sa peau lisse et s’agglutine en formant un petit tourbillon autour de l’évacuation. Sitôt rincée, elle coupe l’eau et prend le temps de se sécher. Elle s’entoure d’un drap de bain et enroule une serviette autour de ses longs cheveux avant de retourner dans la cuisine. Là, l’infusion est prête. Elle remplit le mug, le rapproche de ses lèvres. Une légère vapeur se dissipe dans l’air, un peu comme la fumée de la cigarette de cet après-midi. Penchée sur sa terrasse elle regarde à nouveau au loin. Elle sourit fixant la lune naissante comme les appels du phare au large..Septembre arrivera demain et si à l’automne elle partait …

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. cheezybreezy dit :

    Coeurenvrac.wordpress.com

    J'aime

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